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Témoignages

Retrouvailles grâce à la BSR

En 1976, au tout début de ce qui allait devenir la BSR, je me suis engagée comme lectrice. Avant de pouvoir ouvrir un service de prêt, les lecteurs et lectrices enregistraient des ouvrages afin de constituer un fonds de bibliothèque, aussi avions-nous peu de contact avec les auditeurs. Plus tard, quand il y eut les premiers abonnés, des remarques ou des demandes remontaient jusqu'à nous mais très indirectement.

Aussi qu'elle n'a pas été ma surprise de recevoir, en 1980, le téléphone d'une dame de la Vallée de Joux qui me dit : "Vous rappelez-vous de Marie-Rose ?" J'étais en train de me creuser la tête lorsqu'elle a ajouté "C'était à Château d'Oex, en 1943, vous aviez neuf ans et j'aidais votre mère..." A ce moment-là, je me suis rappelée de la très gentille jeune-fille, toujours gaie, qui portait des lunettes et que j'avais beaucoup aimée.

Marie-Rose me raconta alors qu'elle avait épousé un fermier de la Vallée de Joux, qu'elle avait deux filles dont l'aînée portait mon prénom, Simone, en souvenir de moi. Elle me dit aussi que, malheureusement, au fil des ans, elle avait perdu de plus en plus la vue. Or, depuis l'enfance, c'était une grande lectrice et pendant cinq ans elle avait souffert de ne plus avoir eu accès aux romans et biographies qui faisaient son bonheur.

Et puis, un jour, elle avait entendu parler de la BSR et avait commencé à recevoir des cassettes. Alors qu'elle écoutait "Jane Eyre" de Charlotte Brontë, elle eut l'impression que cette voix lui était familière et à la fin des seize cassettes, en entendant mon prénom, elle s'était demandée si, par hasard, il ne s'agissait pas de cette Simone qu'elle avait connue à Château d'Oex. Pour en avoir le coeur net, elle pria son mari de la conduire en voiture jusqu'à la BSR et arrivée là, elle demanda si le nom de jeune fille de la lectrice n'était pas par hasard Gagnebin et si oui quels étaient mon adresse et mon numéro de téléphone.

Et c'est ainsi que, grâce à sa démarche, nous nous sommes retrouvées. Depuis lors, au moins une fois par année nous nous rencontrons. Marie-Rose m'a fait connaître la Vallée de Joux et ses superbes paysages. Nous nous téléphonons très souvent afin ne pas perdre le contact. Notre belle amitié a pu être renouée grâce à la BSR, à la lecture sur cassettes et à notre goût commun pour les livres.

Je suis heureuse d'apprendre que Marie-Rose va pouvoir écouter des livres sur disques grâce à l'appareil Victor. Ainsi nous pourrons continuer à partager nos découvertes et enthousiasmes au sujet de nos lectures.

Simone Reeve-Gagnebin

Echange de bons procédés

Madeleine Richter, ancienne institutrice et malvoyante, écoute les livres sonores enregistrés par l'une de ses élèves, Anne-Lise Zambelli, à laquelle elle a appris à lire, il y a 60 ans

En 1998, Madeleine Richter est brusquement atteinte de dégénérescence maculaire. Sa vie quotidienne en est bouleversée, pratiquement du jour au lendemain: plus de voiture, de télévision ni de livres. Le diagnostic du Dr Bertrand Piguet, spécialiste en ophtalmologie, est sans appel: "Il n'y a plus rien à faire pour votre vue. Mais, ajoute-t-il, je peux améliorer votre vie." Il l'oriente alors vers le service d'ergothérapie de l'hôpital ophtalmique de Lausanne qui lui fait découvrir la Bibliothèque Sonore Romande. "Dès lors, la BSR représente un tiers de ma vie", explique Madeleine Richter.

Cette alerte octogénaire, indépendante et active, aimait déjà la lecture avant de devenir malvoyante mais le fait de ne plus pouvoir regarder la télévision lui a fait gagner du temps pour lire. Elle lit désormais plus que quand elle était bien voyante, soit une heure l'après-midi, des CD-R, au salon, et une heure le soir, dans son lit, où elle emmène son petit cassettophone. Elle lit deux ouvrages simultanément et passe sans problème de l'analogique au numérique.

Mais la BSR joue plus qu'un rôle de loisir et de culture dans la vie de notre auditrice. Elle lui permet aussi de conserver des liens sociaux: "Grâce à la BSR, je peux continuer à faire partie du Groupe littéraire des unions chrétiennes, qui étudie à fond un livre par année. La BSR met à ma disposition un enregistrement sonore de ce texte et je peux ainsi continuer à participer aux activités du Groupe. De plus, la rapidité avec laquelle les ouvrages sont enregistrés et mis à la disposition des auditeurs me permet de découvrir une nouveauté sur CD-R en même temps que ma soeur voyante sur papier. Nous pouvons ainsi en parler en cours de lecture."

Un jour, alors qu'elle est en train d'écouter un livre de la BSR, Madeleine Richter reconnaît le nom d'une lectrice bénévole: Anne-Lise Zambelli, une de ses anciennes élèves. En 1943, Madeleine Richter prenait en effet son premier poste d'institutrice, à Lutry. Parmi les élèves de sa première volée se trouvait la petite Anne-Lise, à qui elle a appris à lire, il y a 60 ans. Emue par cette rencontre sonore, Madeleine Richter téléphone à son ancienne élève et les deux femmes se revoient. Elles sont restées en contact depuis et échangent parfois leurs opinions sur un livre que l'une a découvert grâce à la lecture de l'autre. C'est désormais à travers les livres de la BSR que la maîtresse écoute lire sa toute première élève.

L'ancienne institutrice se souvient d'avoir souvent demandé à ses petits élèves de "mettre du ton" dans leurs lectures. En tant qu'auditrice, ses exigences ont changé. Elle préfère les lectures neutres où le lecteur reste discret. Il lui arrive même, parfois, d'invectiver un lecteur trop expansif en s'adressant à son cassettophone: "Mais laisse-moi mettre le ton moi-même!". En effet, une présence trop forte du lecteur, estime-t-elle, nuit à la compréhension du texte et, souvent, les intonations prêtées aux personnages ne sont pas celles qu'elle aurait choisies.

Madeleine Richter apprécie les livres longs, comme "Le Grand voyage de Juliette Legoff" - 12 cassettes - et se réjouit, le soir venu, de retrouver la voix familière qui la guide dans le texte. Elle aime entendre, dans les enregistrements d'une lectrice à domicile, le bruit de la pendule qui sonne: "C'est très agréable, on se sent chez quelqu'un".

Puisqu'il est important pour notre auditrice de se tenir au courant des dernières parutions, elle est abonnée à BSR Actualités, la publication de la BSR qui présente les livres enregistrés chaque mois. Tout en écoutant cette présentation des nouveautés, elle entoure, sur la liste en gros caractères, les titres qu'elle souhaite recevoir. Elle écoute aussi assidûment les émissions littéraires à la radio, surtout Recto Verso animé par Alain Maillard, également lecteur à la BSR, et demande ensuite au service du prêt un titre qui l'a intéressée. Ainsi, par exemple, elle entend un jour, dans Recto Verso justement, Jacques Chessez parler de "La grande peur dans la montagne" de Ramuz. Elle appelle alors la BSR qui lui fait parvenir gratuitement, le lendemain à domicile, cet ouvrage sur cassettes, ainsi que le dernier titre de Jacques Chessex, "Le désir de Dieu", sur CD-R.

Et Madeleine Richter de conclure: "La Bibliothèque Sonore est un service merveilleux."

Isabelle Albanese – 2006