Le décès d'une personne est toujours un déchirement pour les êtres auxquels elle était chère, une tristesse pour ses proches et ses amis. Néanmoins, il modifie parfois aussi le destin d'autrui, tout spécialement de certaines organisations ou institutions qui profitent des dernières volontés du défunt, de son attachement à la défense de quelques idées et de son intention de soutenir une cause qui l'a touchée.
Cette année, je souhaite tout particulièrement honorer la mémoire de Mme Huguette Rivoire, une femme passionnée par la culture littéraire et intéressée par le travail de notre bibliothèque qui permet aux personnes ne disposant plus de la vue d'accéder au bonheur de lire des auteurs de tout genre. Grâce à un legs considérable, elle a permis à la BSR, non seulement de survivre, mais de développer son activité en procédant aux adaptations qui répondent aux besoins des auditeurs.
En 1969, la bande magnétique était le support idéal pour offrir aux handicapés de la vue des textes sous forme auditive, c'est-à-dire d'un accès bien plus commode que le braille pour la détente et le loisir. Quelques années plus tard, toujours en utilisant le support magnétique, la BSR passait aux cassettes qui révolutionnèrent la diffusion audio à partir des années 1970. A l'approche de la fin du XXe siècle, s'est posé la question de l'avenir de notre institution avec l'arrivée des enregistrements numériques.
Il est fort probable que, si nous n'avions pas disposé de sommes très importantes pour faire face aux gros investissements en matériel, nous en serions encore à l'utilisation des cassettes uniquement. Bien entendu, cela aurait certainement contenté beaucoup de nos auditeurs qui ont dû accomplir un effort d'apprentissage, mais je crois que ce statu quo aurait également conduit la BSR à une disparition quasi programmée. En effet, le matériel archaïque faisant défaut sur le marché, le fonds de la bibliothèque aurait peu à peu disparu et perdu tout son intérêt.
Mme Rivoire, avec sa grande générosité et l'objectif de transmettre sa passion de la culture des écrivains, a donc permis, avec d'autres donateurs évidemment, de pérenniser notre institution, du moins pour un certain nombre d'années. Je ne veux en effet pas m'aventurer trop avant dans ce genre de pronostic, car on ne peut assurément pas savoir ce que le lointain futur nous réserve, surtout compte tenu de l'évolution incroyablement rapide à laquelle nous sommes confrontés quotidiennement. Mais, gageons que pour les quelques années à venir au moins, la BSR aura toujours sa justification et sera à la pointe pour répondre aux multiples nouveaux besoins qui se manifestent et qui vont en s'accroissant.
Raymond Kuonen
Président